Qui est Els?

Els Schelfhout (°1967), mariée et mère de quatre enfants, est licenciée en Communication et Docteur en Sciences Sociales (VUB). Avant de s’engager dans le monde politique elle fut chercheuse et professeur aux Universités de Bruxelles (VUB et KUB) et de Gand (UGent).

 

De 2007 à 2010 Els a représenté le parti politique flamand CD&V (Chrétiens Démocrates) au sein du sénat belge. En tant que membre effectif de la Commission pour les Affaires Sociales et la Commission pour les Relations Extérieures et la Défense, elle focalisait son travail parlementaire sur la pauvreté, les pensions, la coopération au développement belge, les droits de l'homme et l'Afrique Centrale (Burundi, République Démocratique du Congo, Rwanda).

 

En 2010 Els présidait au sein du sénat le groupe de travail 'Exploitation et trafic des richesses naturelles à l'Est du Congo'.

 

Els était membre de l'Union Interparlementaire (UIP) dans laquelle elle présidait les sections Burundi et Pérou. Elle était également membre de l'Association des Parlementaires Européens pour l'Afrique (AWEPA), du European Parliamentary Forum on Population and Development (EPF) et du groupe belge 'Parlementaires pour les Objectifs du Millénaire'.

 

 

Cinq questions à Els...

 

"C’est normal que le monde se sente coupable de ce qui s’est passé en 1994 au Rwanda, mais aujourd’hui, le monde doit se sentir coupable de ce qui se passe au Congo."

 

 

1. En parcourant votre site, nous constatons que vous êtes intéressée par la situation en RD Congo. Qui êtes-vous d’abord ?

 

Je voudrais en premier lieu vous remercier de m'avoir donné l'occasion de me présenter à la diaspora congolaise de Belgique.

 

Il y a 42 ans, je suis née à Sint-Gillis-Waas (Flandre orientale) et j'ai eu la chance de grandir dans une famille de six enfants. Après mes études secondaires, j'ai suivi des études de communication à la VUB. J'y ai obtenu un doctorat sur le rôle des médias dans la société multiculturelle. J'étais chercheur et professeur aux universités de Bruxelles (VUB, KUB) et de Gand (UGENT). Avant mon mandat politique, j'étais aussi présidente du Comité d’aide spéciale à la jeunesse, un service qui essaie de trouver des solutions pour des enfants et des jeunes dans des situations pédagogiques difficiles. Je suis mariée et mère de quatre enfants (trois garçons et une fille dont l'ainé a 14 ans et le cadet 2 ans).

 

Je suis membre du CD&V, le parti politique des Chrétiens Démocrates Flamands. En juin 2007, j'ai participé aux élections législatives. En tant que 11ième sur la liste du sénat, j'ai obtenu un excellent score: 40.990 électeurs m'ont donné leur voix. J'ai été coopté, et je siège maintenant depuis plus de deux ans au sénat.

 

2. Quel a été votre premier contact avec la RD Congo ?

 

J'ai toujours porté le continent africain dans mon coeur. Avec mon époux et les enfants, j'ai visité plusieurs pays africains: Ethiopie, Afrique du Sud, Namibie, Mozambique ...

 

Je n'étais jamais allée au Congo. J'étais donc très heureuse quand j'ai eu l'occasion d'y voyager en avril 2008 avec le Ministre de la Coopération au Développement, Charles Michel, et l'ancien Ministre des Affaires Etrangères Karel De Gucht. Cette mission politique était une occasion pour apprendre à connaitre la RDC. Nous étions à Kinshasa, au Katanga, à Bukavu et à Goma. Nous avons pu entretenir des contacts avec des politiciens congolais, de hauts fonctionnaires, ainsi qu'avec la population congolaise en général. Nous avons visité hôpitaux, maternités, prisons et écoles. Au Katanga, j'ai rencontré des creuseurs. Ils m'ont parlé de leur travail et leur situation précaire. A Goma et Bukavu, j'ai parlé avec des réfugiés, des enfants soldats, et des filles victimes de violences sexuelles.

 

L'hospitalité et le courage des Congolais m'ont profondément impressionnée. La beauté et la tragédie du Congo m'ont fortement touchée. Le Congo occupe désormais une place importante aussi bien dans ma vie privée que professionnelle.

 

3. De la situation à l’Est du Congo vous dites « La sale guerre à l'Est de la RD Congo ». Pourquoi ?

 

Il n'y a point de guerre propre. La guerre et la violence exigent toujours des victimes innocentes, mais la souffrance inhumaine de la population à l'Est du Congo – pillages, tortures, viols, meurtre - dépasse tout. Je suis donc très indignée en voyant le manque d'attention et d'activisme de la communauté internationale. Le coeur de l'Afrique souffre et nous détournons nos yeux. C'est affreux. Nous sommes coresponsables de ce drame.

 

Il en va de soi que ce conflit est très complexe, les divers facteurs jouant un rôle sont connus: la faiblesse de l'état congolais, peu d' institutions performantes, des moyens militaires et policiers insuffisants pour protéger les frontières et la population, le manque de douanes pour contrôler l'exportation, l’inefficacité de la justice pour combattre l'impunité, la présence (militaire) des FDLR (rebelles hutu) à l'Est, l'intégration du CNDP (rebelles tutsi) au sein des FARDC, le constant refus du régime Kagame d'entamer un dialogue politique avec des opposants politiques/militaires, l'intervention rwandaise à l'Est du Congo, ...

 

Mais le conflit est surtout un combat économique entre plusieurs acteurs au niveau local, national, régional et international. L'exploitation et le commerce illégaux restent une source du conflit. Nous devons oser nous poser la question si certains acteurs veulent vraiment mettre fin à cette instabilité et la guerre dans la région. Cette situation leur permet de piller les provinces orientales, au détriment de la population congolaise et de l'état. Ce dernier est presque en faillite et pourrait utiliser les revenus découlant des ressources naturelles pour sa (re)construction.

 

Savez vous qu'en 2008 80% des ressources du Kivu n'ont pas été enregistrées? Le gouvernement congolais engrangeait la même année 96 millions de dollar des ressources, pendant que 450 millions de dollar lui échappaient. Seulement 1,09 % des 74,73 millions de dollar des taxes réclamées ont été payés. La population congolaise est victime d’injustices à tout moment causées, entre autre, par  les autorités, qui ne réussissent pas à organiser des mécanismes de contrôle ; par des prédateurs régionaux et internationaux et par toutes sortes de milices 'importées' dans la partie orientale du pays.

 

Il faut agir urgemment et la communauté internationale doit, au cas où elle voudrait contribuer sincèrement à la paix à l’Est du Congo, prendre ses responsabilités. L’Union européenne et les Etats-Unis doivent unanimement, et ensemble avec les autorités congolaises, s'engager activement dans la (re)construction et le développement du Congo. D’un coté en donnant un soutien et des conseils constructifs, et de l’autre coté en élevant la voix et en ne fermant plus les yeux devant la réalité. L’ Occident devrait mettre plus la pression sur le Rwanda, le voisin qui garantit sa propre stabilité en perpétrant des violences de l’autre côté de la frontière. C’est normal que le monde se sente coupable de ce qui s’est passé en 1994 au Rwanda, mais aujourd’hui, le monde doit se sentir coupable de ce qui se passe au Congo…

 

Certaines sociétés enregistrées en Belgique gagnent la plus grande partie des recettes découlant de l’exportation des minerais du Kivu. Ils achètent ces minerais en passant par des comptoirs qui obtiennent leur marchandise des territoires sous contrôle des FDLR, des FARDC, du CNDP, ... Les groupes armés au Congo gagnent par an 70 millions euro avec le commerce en minerais. Les sociétés belges – et nous aussi – sommes responsables du financement des partis en guerre dans les deux Kivus. Le gouvernement belge doit prendre des mesures pour rendre les activités de ces sociétés transparentes. Nous devons examiner comment un système de vérification et de certification peut être créé et entamer des poursuites, en cas de non conformité.

 

Nous ne pouvons pas contribuer à l’enrichissement des violeurs des droits de l’homme! Voila la raison pour laquelle j’ai récemment pris l’initiative de créer le groupe de travail parlementaire “Exploitation et trafic des richesses naturelles à l’Est du Congo”. Les mois prochains, nous suivrons les activités des sociétés belges dans la région et étudierons les initiatives à prendre pour contribuer à une économie congolaise structurée, un élément essentiel pour le développement de la RDC. Les sociétés belges qui veulent participer correctement à la construction du pays et le bien-être de la population congolaise, doivent le faire dans un cadre juridique transparent. Nous allons y travailler. La Belgique pourrait prendre la tête de cette démarche et montrer l'exemple aux autres pays.

 

4. Quelles sont d’après vous les préalables pour que les élections  congolaises de 2011 soient crédibles et rencontrent le consensus de tous ? 

 

Selon la communauté internationale, les élections de 2006 se sont bien déroulées en général. Mais n'oublions pas qu'il y a aussi des personnes qui se posent des questions sur la transparence et le caractère démocratique de ce processus électoral. Ce groupe ne reconnait pas le résultat. Il est important que les bailleurs de fonds et les autorités congolaises écoutent les recommandations constructives de ces personnes en vue des prochaines élections, qui devraient normalement avoir lieu en 2011. Pour améliorer la qualité et augmenter les chances de réussite de ces élections, le gouvernement congolais et la communauté internationale doivent tirer des leçons du cycle électoral précédent (2005-2006).

 

Il y a plusieurs préalables pour que les élections soient crédibles, par exemple le vote de certaines lois au parlement, la révision du processus d'identification et d'enrôlement des électeurs congolais, une éducation massive des citoyens, une commission électorale réellement indépendante et performante, ...

 

Pendant la campagne électorale, il faudra garantir un accès égal aux médias et la sécurité des candidats, surtout de l'opposition, pour qu’ils puissent mener une campagne sans être victime d’intimidation. La présence d'observateurs congolais et internationaux est aussi indispensable pour surveiller le déroulement des différents scrutins, sans oublier les élections locales. Il faudra également améliorer la situation sécuritaire et humanitaire du pays et surtout à l’est. Et last but not least: les dirigeants congolais devront trouver les moyens pour le financement de ce processus.

 

Des élections libres et transparentes font partie de la démocratisation d’un pays. C'est un processus dans lequel une société civile forte et dynamique joue un rôle primordial. Voila la raison pour laquelle nous devons continuer à soutenir et renforcer le travail des ONG, des journalistes, des défenseurs de droits de l'homme...

 

5. Quel message pouvez-vous adresser aux Congolais vivant en Belgique, ainsi qu'à la population congolaise au pays?  

 

Par solidarité avec leurs soeurs et frères au Congo, j'encourage la diaspora congolaise  à continuer à suivre les événements dans leur pays d’origine et à participer au débat sur le Congo en Belgique (sans oublier la Flandre) et même au niveau européen et international. En faisant entendre les voix dans les médias et en mettant la pression sur les ONG et des politiciens, ils peuvent continuer à plaider pour la paix, la démocratie, les droits de l’homme et le développement socio-économique au Congo.

Il y a une diversité d’initiatives des Congolais vivant en Belgique. Je conseille la diaspora à encore mieux se réunir et de transmettre un point de vue commun pour que le message soit plus fort. L’union fait la force.

 

A la population congolaise en RDC, j’envoie le message qu’elle ne peut pas oublier qu’en Belgique un grand nombre de personnes sympathise avec elle, et essaie de changer l’ignorance et l’indifférence vis-à-vis du Congo en sympathie, activisme et engagement, afin de contribuer à la (re)construction et le développement de ce beau et grand pays au coeur du continent africain.

 

(Interview publieé en décembre 2009 dans le magazine Congolais de Belgique)