LES SANS VOIX PERDENT LEUR VOIX (03.06.2010)

En mars de l'année passée, j'ai adressé une lettre à l'ancien Premier Ministre Herman Van Rompuy et au vice-premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères Karel de Gucht. Dans cette correspondance, je les priais d'intervenir en faveur des activistes des droits de l'homme au Congo. Floribert Chebeya Bahizire, Directeur de La Voix des Sans Voix (VSV) et Secrétaire du RENADHOC en faisait partie. La veille, il fut brutalement arrêté avec deux collaborateurs pour être remis aux mains de l'Agence Nationales des Renseignements. Inquiétée de leur sort, j'ai demandé au gouvernement belge de plaider pour leur libération immédiate et inconditionnelle.

 

Début mars de cette année, Floribert Chebeya était en visite à la Maison des parlementaires à Bruxelles. Malgré la situation alarmante des droits de l'homme au Congo et les intimidations dont il fut régulièrement la victime, il resta combatif. Ceci fut sa dernière mission en Belgique. Mercredi 2 juin 2010, j'ai appris la nouvelle choquante de sa brusque mort. Les conditions mystérieuses dans lesquelles il est décédé, exigent une enquête sur les causes précises de son décès et sur les responsables. Mais dans un pays où règne l'impunité, il semble peu probable que les autorités diligente une enquête appronfondie sur ce meurtre.

 

Après les élections de 2006, la situation des droits de l'homme au Congo ne s'est guère améliorée.  Au contraire, le régime du président Joseph Kabila devient de plus en plus intolérant vis-à-vis des voix dissidentes. Des opposants politiques, des activistes des droits de l'homme, des journalistes, ... sont muselés, arrêtés ou même assassinés pour avoir critiqué la politique du président et son entourage. Combien d'opposants, d'activistes, de journalistes doivent encore mourir avant que la communauté internationale (Nations Unies, Etats-Unis, Union Européenne, ...) n’arrête de soutenir inconditionnellement un régime pour lequel la sécurité des activistes des droits de l'homme n'est pas une priorité? Quand est-ce que les bailleurs internationaux utiliseront enfin leur influence pour insister auprès des autorités congolaises de respecter les droits de l'homme?

 

Floribert Chebeya était un activiste écouté et respecté, avec une reconnaissance nationale et internationale. Sa mort constitue une tache au processus de démocratisation et une grande perte pour la société civile au Congo. Les Sans Voix perdent leur Voix. J'espère qu'ils garderont le courage et la force de continuer le combat. Ici, en Belgique, je veux continuer à plaider pour leur cause, aussi après le 13 juin...

 

Els Schelfhout

Sénatrice

 

Le monde aime le Congo, mais pas les Congolais (15.12.2009)

 

Le 23 novembre la sénatrice Els Schelfhout s'est rendue pour deux semaines en République Démocratique du Congo (RDC). L'objectif de sa mission: avoir des entretiens avec plusieurs organisations et personnes de différents domaines à Kinshasa et dans l'est du pays (Kivu) et prendre connaissance de la situation actuelle en Afrique centrale afin de rassembler de bonnes informations pour ses activités parlementaires sur le Congo. Els est rentrée bien informée mais elle ressent aussi mal au cœur pour la population à l'est du Congo, qui souffre énormément et semble être oubliée.

Le monde entier aime le Congo, mais pas les Congolais.”

 

Kinshasa – Goma

 

L'est du Congo n'est pas un sujet attrayant ni dans la politique, ni dans la presse : trop loin, trop grand, trop complexe... une forte accoutumance à la souffrance humaine. Les morts après un massacre récent à Lokweti sont simplement moins intéressants qu’un assassinat par exemple à Erps-Kwerps. Ceci est bien entendu regrettable. L’intérêt pour le Congo ne rapporte rien aux élections. Après la déclaration malheureuse de l'ancien ministre des Affaires étrangères et ensuite, fin de l'année passée, quand il semblait que les affrontements à l'est du pays commençaient à compter beaucoup de victimes parmi les civils, l’information sur le Congo s’est quasi arrêtée.

Les discussions actuelles sur la RDC EN BELGIQUE se limitent principalement à deux sujets: premièrement le rapport récent de l'ONU dans lequel est retenu sélectivement que le groupe rebelle FDLR serait soutenu à partir de la Belgique, et deuxièmement un éventuel voyage du Roi Albert II au Congo dans le cadre des 50 ans d'indépendance: « VA-T-IL LE FAIRE OU PAS ?»

 

Estimés à six millions de morts, les victimes directes ou indirectes de la violence dans les territoires près de la frontière avec le Soudan, l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi font partie des dommages collatéraux. Ce sont des chiffres tirés d’un rapport qui ne tardera pas à disparaître.

 

La richesse conduit à la pauvreté

 

Les provinces orientales du Congo disposent d'une immense quantité de ressources naturelles. L'est de la RDC a une terre très fertile. Les Kivus peuvent nourrir tout le Congo. Ce grenier Congolais peut également ravitailler toute l'Afrique subsaharienne. Le territoire se compose en grande partie de forêts appelées ‘les poumons verts de l’Afrique' et dispose de ressources naturelles qui alimentent l'égoïsme des prédateurs locaux et internationaux.

Mais ces terres fertiles peuvent à peine être exploitée, vu que le chemin vers les champs est parsemé de dangereuses embuscades: il arrive d’être violé aussi bien à l’allée tout comme au retour. Les poumons verts Congolais se voient déforestés. L’année passée, 23% du parc Virunga au Nord-Kivu a été coupé illégalement. Les troncs d’arbres deviennent du charbon de bois ‘makala’. Les ressources naturelles sont pillées de toute part, mais toutes ces méthodes ont un point commun : elles ne sont pas en faveur de la population. En 2008 le gouvernement congolais a recueilli 92 millions de dollars de revenus découlant de l’exploitation des ressources. Il a perdu 450 millions de dollars dû au manque d'enregistrement, au trafic, aux contrats frauduleux et à l’évasion fiscale. De 74,73 millions de dollars de taxes, le gouvernement a seulement encaissé 22%. L’année passée, 100 kg d’or congolais ont été officiellement exploités. En réalité – selon des estimations approximatives- il s’agit de 28.000 à 30.000 kg. Selon d’autres sources au moins 90% de l’extraction de l’or est illégalement exportée. Cobalt, coltan, casserite… Les documents ‘officieux’ indiquent que chaque camion chargé quittant la mine, perd 80% de sa charge. En route des groupes armés prélèvent des taxes: la route menant de la mine au comptoir est occupée successivement par les FDLR (rebelles hutu), les FARDC (armée congolaise) et le CNDP (milices tutsi). Ils veulent tous une part du gâteau. Les groupes armés peuvent aussi prélever des taxes sur cigarettes, batteries, carburant etc. La population doit payer une taxe ou ‘le pizzo’. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas s’esposent à subir les conséquences. Les pratiques maffieuse ne sont absolument pas étrangères aux groupes rebelles. Dans la brousse, ils se retrouvent armés l’un en face de l’autre; le long de la route, ils deviennent des commerçants et hommes d’affaires.

 

L'opportunisme international

 

La communauté internationale laisse faire, bien que quelques initiatives servent d’exemples: une résolution sénatoriale et une proposition de loi aux Etats-Unis, des projets récents allemands et britanniques et enfin plus d’attention pour le Congo en Belgique. Mais soyons surtout réalistes: la plupart des pays avec un intérêt pour le Congo ont un plus grand intérêt à défendre : l’intérêt personnel. Ils ont développé des stratégies, l’un plus explicite et plus opportun que l’autre.

 

En dehors de l’Europe c’est surtout le Canada qui a des grands intérêts dans l’exploitation des ressources naturelles au Congo. Différentes multinationales sont active dans le secteur minier. En échange pour les concessions minières et toutes sortes de deals, ils offrent des services pour la reconstruction des routes et des infrastructures. La Chine a aussi le sens des affaires en RDC. Comme geste de remerciement pour un nombre des projets lucratifs, les Chinois ont promis des routes et des infrastructures. Malheureusement, ces projets ne font pas non plus la différence. Que vaut une école sans enseignants? Ou encore un hôpital sans médecins?

 

Au sein de l’Europe, la Grande Bretagne observe la situation en Afrique Centrale surtout à partir de Kampala et Nairobi. Avec comme importante tâche d’empêcher une éventuelle déstabilisation à partir de l’Afrique centrale. 'Oublier le passé' est le message. La culpabilité concernant le génocide rwandais a conduit à ce que le Royaume Uni se soit de plus en plus profilé comme état européen derrière le président rwandais Kagame.

Résultat : grâce au plaidoyer du conseiller personnel Tony Blair (!) le Rwanda est entré au Eastern African Community et récemment au Commenwealth. En Europe, il y a à peine une attitude critique vis-à-vis de Kagame, même si entretemps, il est connu de tous que son rôle dans le génocide n’était pas celui du cavalier blanc. Même si selon une étude – tenue secrète - de l’ONU, il semble incontestable qu’en ’97, des dizaines de milliers de hutu soient massacrés par des tutsi. Même si entretemps, il est plus que clair que les projets de Kagame dans l’est du Congo, riche et fertile, aient été très calculés. Qu’il s’agisse de l’appui au CNDP de Nkunda, du déplacement stratégique des réfugiés rwandais comme pions sur un échiquier pour annexer certains territoires congolais, de l’implication des troupes rwandaises dans ces territoire ; Kagame y agit comme bon lui semble.

Seulement quelques pays européens reconnaissent ses intentions perverses. Notre pays voisin, les Pays-Bas, a longtemps suivi la Grande Bretagne, mais récemment –sous l'influence des pays scandinaves- un processus de prise de conscience a commencé et les Pays-Bas ont diminué l’aide directe au Rwanda.

 

Pendant la guerre de 1998-2003, la France a fait le mauvais choix en pariant sur Jean-Pierre Bemba. A ce jour, elle a encore des problèmes avec l’arrivée du président Kabila au pouvoir.

Pendant la visite du président Sarkozy au Congo début 2009, les signes d’antipathie n’étaient donc pas un hasard. La France a pu mettre la main sur l’industrie du ciment en RDC. Les tentatives pour avoir accès aux mines d’uranium ont réussi en partie. La France est parvenue à mettre la main sur la mine de Shinkolobwe (Katanga).

 

La Tchèquie était un important fournisseur d’armes de la RDC. Après son adhésion à l’UE, les livraisons ont été reportées. Récemment, les relations se sont améliorées. Il y a entre autre une plus forte présence diplomatique à Kinshasa. La Suisse a tout juste découvert le Congo et réfléchit sur une politique de présence. Elle suppose qu’elle peut avoir de très grands intérêts en Afrique centrale, même s’il n’est pas encore clair de quels intérêts il s’agit. Les pays scandinaves à leur tour sont financièrement très actifs au Rwanda et en Ouganda. Le Portugal s’occupe plutôt des intérêts de son ancienne colonie l'Angola.

 

C’est clair: la politique vis-à-vis du Congo de la plupart des pays actifs dans la région est conduite par l’intérêt personnel. Je ne suis pas naïve : c'est donnant donnant. Mais ce qui se passe maintenant, est hallucinant : une dizaine de milliard de dollars quittent le Congo par des fuites de capitaux, par des ventes frauduleuses de propriétés publiques, par des concessions et accords douteux qui ne sont qu’en faveur d’une petite élite congolaise et qui font sourire les partenaires commerciaux. Le gouvernement congolais a ‘carte blanche’ : du cash et pas d’ingérence.

 

‘Bonne gouvernance’ est au Congo un terme vide et signifie : prévoir que le propre clan se porte bien. Le gouvernement congolais néglige son obligation d’organiser les services de l’état et les finances. Les fonctionnaires, les militaires, la police, les médecins, les enseignants… sont payés rarement et très peu.

 

Un médecin à l’Hôpital Général de Référence, hôpital public, gagne à peu près 60 dollars par mois, un chirurgien, 100 dollars. Pour un enseignant c’est à peu près la moitié. Les militaires gagnent par mois entre 50 et 80 dollars. Tous se sentent obligés de compléter ce maigre salaire. Le médecin compte ‘une visite’. Ceux qui ne peuvent pas payer sont pris en otage à l’hôpital, sans soins. L’enseignant demande le minerval. C’est pour cela que beaucoup d’enfants ne peuvent pas aller à l’école. Le militaire utilise son arme pour avoir un salaire. Et les fonctionnaires… J'entendais dire: «  Le domaine public a été privatisé entre les mains de celui qui détient le cachet officiel. »

 

Le Congo n’est pas gouverné: crime et impunité vont main dans la main

 

Presque 80 fois plus grand que la Belgique, avec un budget d’état aussi grand que celui d’une ville moyenne belge, le pays est à la dérive et victime des projets et des stratégies perfides des pays voisins perturbant à cœur joie la moitié des frontières. Victime d’un gouvernement corrompu et impuissant d’affronter les troubles internes et les tensions ethniques. L'impuissance, l'incompétence et l’indifférence sont des caractéristiques des dames et messieurs élus du peuple. Et mauvaise volonté. Leur pays est victime de toutes formes d’agression, mais cela semble ne pas les toucher. Pauvreté extrême, angoisse et incertitude, maladie et désespoir se trouvent à la base des familles brisées et de la violence domestique. Des bandes de jeunes, pillages, rébellion, esclavage, viol des femmes et hommes, recrutement et incorporation d’enfants soldats… l’insécurité est un atout. Le gouvernement donne l’impression ne pas vouloir faire quelque chose. Par exemple : le colonel Kibanga, ‘le marteau’ Ndayambase, un homme avec une réputation horrible, était arrêté de courte durée. Il a fuit au territoire des FDLR. Il était condamné à 20 ans. Aujourd'hui, il se trouve commandant au sein d’une unité CNDP, intégré dans l’armée congolaise. Les coupables sont connus, mais leurs responsabilités ne sont pas engagées. L’impunité règne.

 

La communauté internationale se montre impuissante. Le peu d’espoir prématuré à l’occasion de Kymia II, l’accord entre le président Jospeh Kabila et le président Paul Kagame pour désarmer les rebelles FDLR avec une action conjointe, a accouché d’une souris. L’opération Kymia II est un échec. Les FDLR se sont retirés au fond de la brousse, une zone que les combattants connaissent par cœur. Les bataillons se regroupent, renforcés par des jeunes sans aucune conscience morale, sans perspective, qui ont grandi avec violence et en manque. En cas de danger, les FDLR peuvent souvent compter sur les habitants des villages limitrophes; leurs femmes, leurs enfants, leurs familles y habitent. Les Congolais disposent de peu et souvent de rien, mais ils ont tous des téléphones mobiles. Ainsi les FDLR ont souvent une meilleure vue sur les avancées des troupes FARDC que les FARDC elles-mêmes. ‘Je ne peux quand même pas dénoncer mon beau-fils ?’ me demandait un vieux monsieur hochant de la tête. Le prix que la population civile paie pour ce genre de ‘trahison’ est élevé: pillage, viol, torture, meurtre.

 

La MONUC soutenait l’action conjointe de l’armée congolaise et du CNDP par la livraison de nourriture, le transport et l’évacuation médicale. Mais elle n’avait rien à faire avec le planning opérationnel. Maintenant la MONUC se retrouve entre le marteau et l’enclume. Chaque année bonne pour 1 milliards de dollars – une capacité selon certains trop insuffisante pour sa tâche – la MONUC n’a pas réussi à protéger la population civile au Kivu. Les architectes de Kimya II ont trompé la mission onusienne. Elle jouit dune mauvaise réputation de la part des ‘experts’ de l’ONU elle-même et encore une fois diffamée par la presse. Sa dernière confiance en soi diminue, aussi sous les commentaires au niveau international. Il n’est pas exclu que la MONUC fasse dans les 6 mois suivants ce que Kabila aimerait voir le plus: disparaître en silence. Cela serait une très mauvaise chose. Avec une attitude conséquente de la communauté internationale la MONUC a un rôle à jouer.

 

Le processus de paix est un échec. Il me semble mieux de reconnaitre cela et d’exposer les causes afin d’anticiper les conséquences. Un faux optimisme ne sert à personne, les Congolais en premier lieu.

A partir de leur cages dorées, les expatriés de l’ONU passent devant la misère des Congolais et sont trop occupés à écrire des rapports.

Ce qui caractérise les 84 organisations internationales actives à Goma, permettez-moi l’expression, c’est du protagonisme et de l’egomanagement. De grandes jeeps, avec lesquelles ils sont responsables pour de grands soucis de circulations sur les routes de Goma.

 

EUSEC (European Security) est la mission européenne spéciale qui fourni l’assistance à la réforme du secteur de sécurité en conseillant les autorités congolaises sur le processus d’intégration des FARDC. Elle doit également soutenir les réformes administratives de l’armée. La mission reconnaît que l’intégration du CNDP de Nkunda et de l’autre criminel, Ntaganda, dans les FARDC n’est pas une réussite. ‘Un vrai bordel’. Pendant la première partie de 2008, le CNDP se trouvait dans deux petits territoires au-dessus du lac Kivu au Nord-Kivu. Fin 2008, la présence de cette milice tutsi, soutenue par le Rwanda, s’est étendue. Aujourd’hui, on peut constater que le CNDP a la région de Masisi complètement sous son contrôle. Le CNDP disposerait encore d’un millier d’armes non enregistrées.

Kymia II n’est pas une opération militaire de l’armée congolaise, mais des Rwandais. Chez les groupes de résistances armés congolais (les ‘non rwandophones’) ; Mai Mai ; APCLS et PARECO, il y a beaucoup d’incompréhension et de colère vis-à-vis de l’accord. Il n'y a pas très longtemps, ils se battaient à côté des troupes congolaises pour repousser le CNDP. Maintenant, ce sont 'les méchants' et se livrent comme les autres aux vols, pillages, viols et tueries. La tension augmente.

 

EUPOL est une initiative européenne pour assister à la réforme de la police. Elle a également obtenu - à partir de Kinshasa – peu de résultats. Et puis, il y a REJUSCO, qui devrait appuyer la reconstruction de la justice… Il n’y pas d’état de droit, il n’y pas de juridiction, il n’y pas de justice. Crime et impunité vont de pair au Congo. Cela ne changera pas tant que la police, les juges et les gardiens de prison ne sont pas ou peu payés.

 

Si Les Etats-Unis et l’Europe disaient: ça suffit maintenant, ça sera fini!” Mais ils ne disent rien.

 

Et ou sont les Belges ?

 

Avec un président européen, avec la présidence européenne en 2010, avec la fête de 50 ans d’indépendance au Congo… des attentes émergent. Avec notre connaissance et nos compréhensions de notre ancienne colonie, nous pouvons faire la différence.

Nous avons le choix: soit nous mobilisons nos atouts pour la journée de l’indépendance et nous envoyons des troupes d’élite au ‘Boulevard du 30 juin’, ou ils montreront à leurs collègues congolais ce qui est l’ordre et la discipline. Nous envoyons en même temps le couple royal. Assis à côté du président Kabila, ils peuvent saluer et sourire aux enfants noirs qui chantent successivement l’hymne national belge et congolais.

 

Soit, nous mobilisons nos atouts pour un Congo indépendant qui est capable de se gouverner soi-même, avec des tribunaux, écoles, universités, hôpitaux, routes, infrastructures, chemins de fer, ports et aéroports… Nous avons un rêve pour le Congo et pour les Congolais. Un rêve que nous changeons en ambitions réalistes.

Nous organisons des tribunaux et cours qui veillent à ce que les lois soient respectées et que les violations punies.

Nous formons une armée disciplinée, bien équipée et bien assistée: pas dans les rues, mais dans des casernes, mobilisable à tout instant et en tout lieu, lorsqu’une nécessité s’impose.

Nous désarmons les rebelles, et nous leur offrons une perspective : ‘un toit pour une arme’, la possibilité d’échanger une arme pour construire une vie.

 

Nous construisons une académie de police, ou hommes et femmes sont formés et proches de la population.

Nous construisons des hôpitaux, des écoles, des universités… mais pas à l’inconditionnel: médecins, infirmières, enseignants, professeurs… reçoivent un salaire acceptable et l’enseignement est gratuit.

 

Nous formons des douanes, nous appuyons une relance économique, en commençant par la promotion de la transparence dans le commerce des ressources naturelles. En contribuant à l’exploitation et la vente des ressources dans un cadre légal afin que les entrées beneficient à la population. Avec la construction des fours à concentration dans lesquels les minerais bruts peuvent être transformés. Nous pouvons créer une valeur ajoutée pour l’emploi et l’économie locale. En développant l’agriculture – la vraie richesse du Congo- et les infrastructures routières, les boîtes de tomate purée ne doivent plus être importées en masse à partir de la Chine, mais les tomates cultivées sur les champs peuvent être transportées vers les villes pour consommation.

 

Nous organisons des programmes de soutien pour la population. Nous creusons des puis d’eaux, pour que les femmes et enfants ne doivent plus marcher des kilomètres sur des chemins dangereux pour avoir accès à de l’eau. Nous prévoyons de l’électricité pour que les femmes ne soient plus livrées à toutes sortes de dangers.

Nous formulons des objectifs au niveau macro et micro, nous établissons des bonnes pratiques qui motivent, enthousiasment et stimulent les autres pays membres de l’UE et la communauté internationale à agir unanimement.

 

Nous avons le choix: nous ignorons la souffrance de millions de congolais et nous n’entreprenons rien ou nous attaquons les causes en profondeur.

 

Espérence: ‘Que Dieu vous bénisse’

 

Espérence était assisse blottie sur une caisse en bois. Sa maison: une baraque de sac en plastique et des morceaux de tôles ondulées. La pluie laissait des traces par terre. Elle courbait les orteils, déformés par les longues promenades sur des pierres et pour éviter l’eau. Elle ne bougeait pas. Ensuite, elle commençait à raconter qu’elle a été veuve et responsable de la mort de son mari. Tout lui a été pris. Elle a uniquement ses enfants : cinq en total. Mais elle ne sait pas ou ils traînent. Dehors. De toute façon, elle n’a rien à leur offrir. Elle redresse ses épaules. Il y a quelques jours, elle était violée. En route pour les champs, elle a été arrêtée et coincée à terre: ‘C’étaient des hommes en uniforme’, chuchotait elle. Et soudain des larmes coulaient sur ses joues. Un moment, le monde s’arrêta...

 

 

 

Des opinions basées sur des entretiens avec l'ONU-MONUC, l'EUSEC, l'EUPOL, le REJUSCO, d'ONGs internationales et locales, des soeurs, des pères et des prêtes, de partout, des parlementaires et politiciens congolais, chefs locaux, propriétaires des comptoirs, des hommes d’affaires, des diplomates, des médecins, des enseignants, des soldats, des réfugiés, des enfants … et des femmes : violées, humiliées et désespérées : les éternelles victimes.

 

Remerciement à mes ‘compagnons de route’

 

 

Els Schelfhout

Sénatrice

La Belgique plaide fortement en faveur de l'envoi d'une mission d'observation de l'UE au Rwanda (04.03.2010)

C'est la réponse du Vice-Premier et Ministre des Affaires étrangères Steven Vanackere à la question parlementaire de la Sénatrice Els Schelfhout (CD&V), jeudi 4 mars 2010. Jusqu'à présent, la Commission européenne n'a pas retenu le Rwanda sur la liste pour l'envoi d'une mission d'observation. Pour cette raison, la Belgique est prête à entreprendre des démarches. Ainsi le ministre se rapproche en partie de la proposition de résolution d'Els Schelfhout prise en considération fin février au Sénat.

 

La Sénatrice a également interpellé le Ministre Vanackere sur le contenu de son entretien avec le président rwandais Paul Kagame en janvier 2010. Jusqu'à présent, les médias ont accordé peu d'attention sur cette rencontre. Selon Schelfhout cette situation est injuste, vue l'influence significative du Rwanda sur la situation dans la Région des Grands Lacs en général et à l'Est du Congo en particulier.

 

Els Schelfhout: “Le régime rwandais est souvent estimé pour son développement économique. La grande inégalité dans ce développement montre qu'il n’est que la façade d'un régime dictatorial empêchant une culture démocratique, caractérisée par des élections libres et transparentes et d'un espace pour l'opposition, et le fonctionnement libre des militants des droits de l'homme et des journalistes. Depuis l'éclat de violence, début des années '90, Kagame nourrit, pour le Rwanda – et pour lui même et son entourage-, deux objectifs: l'installation d'un allié à Kinshasa et le maintien d’une tutelle informelle à l'Est du Congo. Il n’est plus à démontrer que la présence militaire du régime rwandais dans les Kivus sert depuis bien longtemps des intérêts économiques et démographiques que des intérêts sécuritaires. C’est avec ce dernier prétexte qu’on légitime toutes ces actions.

 

Avec les élections présidentielles (août 2010) en vue, certains candidats de l'opposition, comme Victoire Ingabire de FDU-UDF, éprouvent déjà des difficultés. Le fait que le Rwanda s'est donné une bonne image dans le domaine de la gouvernance, comme le Ministre Vanackere l’a mentionné, relève, selon Schelfhout, du window dressing. Cette ‘bonne gouvernance’ et le ‘crédit génocide’ dont Kagame profite depuis 1994, cachent un volcan couvert qu'est le Rwanda. Els Schelfhout craint pour son éruption. Les populations rwandaise et congolaise (de l'Est) seront une fois de plus les victimes.

 

En envoyant une mission d'observation critique l'Union européenne pourrait déjà donner un signal fort.

 

La sénatrice interpelle sur l'organisation des élections en RD Congo en 2011 (18.03.2010)

"Ni le voyage du Roi, ni des stagiaires congolais marchant derrière la fanfare changeront la situation au Congo"

 

Voulons-nous vraiment encore signifier quelque chose pour le Congo et les Congolais, 50 ans après l'indépendance? Alors, il est grand temps pour un débat mature, c'est l'avis de la sénatrice Els Schelfhout. Ce débat doit porter sur les responsabilités de toutes les parties concernées: le gouvernement congolais défaillant, les milices pillant et les brigades meurtrières, les prédateurs nationaux et internationaux des ressources naturelles, les pays voisins douteux, les intérêts géopolitiques et économiques... Mais le débat doit aussi porter sur 'le chemin d'avenir' du Congo: sur l'ancrage de la jeune démocratie, contenant des institutions démocratiques mais aussi des esprits démocratiques, des élus. Malheureusement, cet esprit démocratique est aujourd'hui difficile à trouver.

 

“Il est essentiel que des élections soient organisées en RDC”, continue Schelfhout. Jeudi, 18 mars, elle a interpellé au Sénat le Ministre des Affaires étrangères, Steven Vanackere sur l'organisation de ces élections et sur les intentions de la Belgique, l'Union européenne (UE) et les Nations Unies (NU). Elle a également demandé le point de vue du Ministre sur le retrait de la MONUC, dont le mandat est prolongé jusqu'au mois de mai.

 

Le Ministre confirme l'importance des élections qui doivent avoir lieu dans les délais prévus dans la Constitution congolaise. Il a mentionné d'avoir abordé ce sujet pendant sa récente visite à Kinshasa et qu'il y a pu constaté un engagement.

 

“Ne soyons surtout pas dans l'expectative”, réplique Schelfhout, qui voit dans la présidence belge de l'UE (à partir de juillet) une bonne opportunité pour mettre ce sujet haut sur l'agenda politique de l'UE. Selon des économistes, le Congo aurait besoin d'un milliard de dollars américains pour organiser les élections nationales, provinciales et locales. Même si les autorités congolaises ont déclaré vouloir les financier, nous devons rester réalistes. Sachant que le budget congolais pour l'exercice 2010 n'a prévu que 20 millions de dollars, il est irréaliste de penser que le Congo financera tous les scrutins. Les bailleurs devront contribuer considérablement.

 

Concernant le retrait de la MONUC, le Ministre a répondu que c'est au secrétariat de l'ONU, sur base de la position congolaise, de formuler des recommandations pour le Conseil dé Sécurité. Le Ministre trouve le plan formulé par le gouvernement congolais trop ambitieux. A partir de juin de cette année, le gouvernement veut déjà une réduction importante de la présence des casques bleus. Selon le Ministre Vanackere, le rôle à jouer par la MONUC n'est pas encore terminé. Le processus électoral pourrait avoir beaucoup d'avantages en utilisant les capacités énormes de cette force onusienne.

 

Lettre ouverte au Ministre des Affaires Etrangères, Monsieur Yves Leterme (5.8.2009)

Cher Monsieur le ministre,

Cher Yves,

 

 

Le 10 août, votre homologue des Etats-Unis, madame Hillary Clinton, visite la République Démocratique du Congo (RDC). Ma crainte était qu'elle limitera, comme différents collègues européens, sa visite à la capitale Kinshasa ou vis-à-vis du président congolais Kabila, elle frappera d'abord pour ensuite bénir, et ou dans le meilleur des cas elle quittera le pays avec quelques contrats lucratifs en poche et une conscience apaisée. 'Bien dit', mais pour le peuple congolais, pour les deux millions de déplacés dans le pays, pour les cents milles enfants, filles et femmes violés... cela fera aucune différence.

 

Il y a un peu d'espoir. La Ministre Clinton fera un passage à Goma, dans l'enfer du Nord Kivu. Elle fera un effort pour visiter un des endroits le plus touché en RDC. Peut-être elle parlera même avec certaines filles et femmes qui y ont été victimes de la violence sexuelle, violées par les milices des FDLR, par les soldats des FARDC ou par les deux. Elles ne sont pas difficiles à trouver; elle sont une dizaines de milliers. Il est même possible qu'il y a plus des femmes violées que des femmes qui ne l'ont pas été. Madame Clinton sera sans doute agacée et choquée. Le contraire est inimaginable. Le vide dans les yeux des femmes violées ne la lâchera pas. J'espère que son agacement sonnera rude et fort et que ses mots impressionneront ceux qui ont la clé à une solution pour ce conflit affreux.

 

Il y a espoir que la Ministre Clinton se souvienne, pendant son entretien avec le président Joseph Kabila ou le Ministre des Affaires Etrangères Alexis Thambwe, de la lettre du sénateur américain Russ Feingold. Auparavant celui-ci exprimait explicitement sa préoccupation sur la violence et l'impunité qui règnent à l'est de la RDC. Il soulignait le besoin d'une stratégie claire pour arrêter les attaques des FDLR contre la population civile, pour former une armée congolaise fiable et pour donner des chances pour la réussite de l'intégration du CNDP dans l'armée gouvernementale. Si cette stratégie ne vient pas, la situation ne fera que se dégrader. J'espère que la Ministre Clinton transmettra ce message, et qu'aussi ces mots impressionneront les responsables.

 

Imaginez que cela est le cas, cher Ministre, et que mon espoir soit rempli, alors je suppose pouvoir attendre de vous, en tant que Ministre des Affaires Etrangères d'un pays qui porte le Congo profondément dans son coeur, que vous motiverez vos collègues européens à prendre une position claire et unanime vis-à-vis du président de la République Démocratique du Congo. Et je suppose attendre que vous et vos collègues de l'UE vous lèverez la voix ensemble. En même temps vous et vos homologues européens pourriez donner un signal clair au président Kagame du Rwanda, porteur important de la clé à la solution.

Et vous pourriez insister auprès du président Museveni de l'Ouganda à une solution pour la frontière entre le nord de l'Ouganda et la RDC, ou la rébellion de Lord's Restistance Army (LRA) continue à tuer et à enlever des enfants en toute impunité.

 

Si l'Union européenne et les Etats-Unis montent ensemble sur les barricades et se battent solidairement en faveur du peuple congolais, cela serait un signal claire. Les président Kabila et Kagame le comprendront aussi.

Il est temps d'agir. Nous le sommes obligé à nos principes et idéaux, mais surtout aux millions des hommes, des femmes et d'enfants congolais aux abois.

Monsieur le ministre, Yves, notre pays peut apporter une contribution importante à un avenir paisible pour la RDC.

L'histoire nous jugera.

 

 

Mes salutations sincères,

 

 

 

Els Schelfhout

Sénatrice

Critique sur l’attitude du président français Sarkozy en RDC (2.4.2009)

La semaine passée le président français Sarkozy était de passage à Kinshasa. Il ne manquait pas de mots pour glorifier le président Kabila pour la soit-disante avancée remarquable réalisée les années passées sous l’autorité du président, et prononcait aucun mots sur le départ du président de l’Assemblée Nationale Vital Kamerhe, obligé de démissionner après avoir critiqué la coopération avec l’armée rwandaise à l’est du Congo. Il félicitait Kabila avec l’opération conjointe Rwando-Congolaise, promettait une somme pour la coopération au développement, parlait du football et obtenait quelques deals.

 

Pendant la séance plénière au Sénat la sénatrice Els Schelfhout (CD&V) critique cet état des choses. Le Ministre des Affaires Etrangères Karel De Gucht (Open VLD) montrait qu’il ne se retrouvait non plus dans l’attitude du président français.

 

Els Schelfhout demande le Ministre De Gucht de mettre la politique des états-membres vis-à-vis du Congo sur l’agenda de la politique étrangère et de la sécurité commune de l’Union européenne. Les différents états-membres ne peuvent plus être mise en concurrence par le Congo. Et un point de vue commun est nécessaire vis-à-vis de la violation des droits de l’homme dans le pays.

 

Demande d'intervention belge pour la libération des défenseurs des droits de l’homme et étudiants en RDC (16.3.2009)

Hier, dimanche 15 mars 2009, trois défenseurs des droits de l’homme ont été arrêtés et acheminés à l’Agence Nationale des Renseignements (ANR) en RDC. Il s’agit de Floribert Chebeya Bahizire, Dolly Ibefo Mbunga et Donat Tshikaya de ‘La Voix des Sans Voix’ (VSV) et du Réseau National des ONGs des Droits de l’homme en RDC (RENADHOC). L’arrestation a eu lieu à l’issue d’ une conférence de presse sur la crise inter-institutionnelle au Congo. Ces enlèvements interviennent après l’arrestation de trois étudiants, le samedi 14 mars au niveau de l’Université Pédagogique Nationale (UPN).

 

Le processus de démocratisation en RDC connaît certains maux inquiétants. Entre autres l’annulation des élections locales pour 2009, la crise inter-institutionnelle autour de la démission du président de l’Assemblée Nationale et l’intimidation et l’arrestation des opposants politiques, des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes et des étudiants suite à leur critique vis-à-vis de la politique de l’alliance présidentielle (AMP) autour de Joseph Kabila.

 

La Sénatrice Els Schelfhout du CD&V est très préoccupée par l’arrestation des activistes et craint pour leur sort et celle de la jeune démocratie congolaise. Elle demande le Premier Ministre Herman Van Rompuy et le vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères Karel De Gucht à intervenir en faveur des défenseurs des droits de l’hommes et des étudiants pour leur libération immédiate et inconditionnelle. Elle demande que la Belgique puisse contribuer à leur protection et celle de tous les opposants politiques et les journalistes en danger.